On peut
dire que ce fut une longue route
Une incroyable équipée
Avec mes compagnons je m'étais mis en route
Sur des chemins boueux ravinés
Au plus morfondu de l'année
Et nos chevaux sanglants blessés
Réfractaires
Bientôt nous feraient poser
Pied à terre
Malgré notre puissance il nous fallut ramper
Ce fut une incroyable équipée
Au bout de quelque temps nos porteurs nos valets
Réclamèrent leur liqueur et leurs femmes
Et n'entretenaient plus les feux de camp qui s'éteignaient
Froide la pluie qui tombait sur nos âmes
Mais nous étions les Mages, Madame
Nous étions les Mages
Et nous ne pouvions renoncer
Et toujours il fallait marcher
Nulle trêve
Mais pour gravir quel sommet ?
Vers quel rêve ?
Malgré notre vaillance il fallait l'ignorer
Ce fut une incroyable équipée
Nous connûmes l'hostilité des villages
L'âpreté de taverniers indécents
Qui contre un peu de chou et un bout de fromage
Rançonnaient notre or notre encens
Et raillaient notre allure notre accent
Et leurs filles jeunes impures
Et sauvages
Paradaient seins hauts et durs
Hanches larges
Notre concupiscence il fallut la dompter
Ce fut une incroyable équipée
Nos règnes se firent incertains
Et nos palais vieux et lointains
Tout ce chemin nous menait-il
Vers la renaissance ou l'exil
Quand un matin nous descendîmes
Dans un vert vallon tempéré
Nous y vîmes
Un nouveau-né
Et nous sûmes que nous étions arrivés
Et de notre importance
Et de notre existence
Soudain nous fûmes dépouillés
Ce fut une incroyable équipée
Aujourd'hui de retour dans nos royaumes
Nos peuples, nous ne les connaissons plus
Ils s'agrippent toujours aux dieux anciens comme des gnomes
Nous errons parmi eux mais nous ne vivons plus
Une autre mort serait la bienvenue
Une autre mort serait la bienvenue