- Anne ma sœur Anne
Toi qui guettes la campagne
Ne vois-tu rien venir
Anne ma sœur Anne
Discernes-tu quelque drame
Parle-nous d'avenir
- Je ne vois que la route qui poudroie
Que l'herbe qui verdoie
Que les prés et les bois
Sous les doux zéphyrs
Je ne vois qu'une saison qui déploie
Ses forces et sa loi
Pour faire un ciel bleu roi
Et les blés mûrir
- Anne ma sœur Anne
Regarde mieux ma sœur Anne
Tu as dû t'éblouir
Je sais que le monde
Regorge de choses immondes
De noirceurs à vomir
-Il se peut mon frère que le monde soit
Ainsi que tu le crois
Plein de bruit et d'effroi
A fuir et haïr
Mais les troupeaux rentrent le soleil rougeoie
Et pour moi je le vois
Rempli de doux émois
De cœurs qui chavirent
-Anne ma sœur Anne
Ton esprit bat la campagne
Arrête ce délire
Monte à ta tour monte
Plus haut et dis-nous sans honte
Ce qui doit advenir
-Eh bien soit ! Je vois des hommes qu'on broie
Des peuples qui guerroient
Des loups saignant leur proie
Des enfants martyrs
Je vois un Dieu nu qui porte sa croix
Les ténèbres et le froid
L'immense désarroi
Nous allons mourir
Oh la misère
Mon pauvre frère
- Anne ma sœur Anne
Ferme l'étrange lucarne
Que tu viens d'entrouvrir
Anne sœur très sage
Tiens-t-en juste au paysage
Décris-le sans mentir
- Sans mentir je ne vois en cet endroit
Qu'un présent qui flamboie
Comme une fleur de joie
Qu'il nous faut cueillir
Je ne vois que la route qui poudroie
Mon frère apaise-toi
Viens monte auprès de moi
Aimer et sourire
Aimer et sourire