La question paraît ordinaire
Mais il faut bien la méditer
La voici posée sans manière :
Peut-on être et avoir été ?
Hélas ! Si son énoncé clair
Est parfait de simplicité
Les réponses qu'on peut y faire
Sont parfois tarabiscotées
Un tel fera des commentaires
Sur l'indécidabilité
La position de l'auxiliaire :
Pourrait-on avoir être été ?
Un autre, entendant de travers
Qu'on peut peut-être avoir un thé
Répondra : " volontiers mon cher
Avec un sucre par côté "
Tel autre encor paillard naguère
Dira pouffant et dilaté
D'un jeu de mot bête et vulgaire
Qu'on peut paître et avoir pété
Comme l'agneau dans la bruyère
La vache qui ayant brouté
Mâche en relâchant son derrière...
C'est juste un p à ajouter
Ces interventions nous atterrent
Leurs auteurs sont à éviter
Mais revenons à notre affaire :
Peut-on être et avoir été ?
Eh bien sans plus longtemps vous faire
Autour du pot tournicoter
Le oui a d'ardents supporters
Le non des suppôts patentés
Le oui a pour thuriféraires
L'ambition et la vanité
Ces divagations saisonnières
Qu'on voit apparaître l'été
Mais que l'automne s'accélère
Et l'on va se prendre à douter
Du côté des longs cimetières
Le non parait bien l'emporter
Et quand nous buvons sous la terre
Les eaux du Styx et du Lêthé
Perdons-nous ce goût doux-amer
De n'être et de n'avoir qu'été
Qu'été des bouffons éphémères
Quêtant un peu d'éternité
Et condamnés au grand hiver
A ne pas être sans été
Oh ! Qu'elle est crue et singulière
Cette question désappointée
Suggérant par quelque mystère
Qu'on peut être en ayant été
Mais l'humain en bon mammifère
Peut précisément constater
Qu'il est né, a tété sa mère
Pour être il faut avoir tété
Et dès lors on ne peut plus faire
Comme si de rien n'eut été
Même si la vie est chimère
Il faudra bien s'y entêter
Et se réjouir se satisfaire
De paraître avoir existé :
Car qu'y a-t-il de mieux à faire
A part être et avoir été ?